C'EST ENTENDU, CLAUDE COMO A PEINT DES PSYCHOPATHES.

Que le sujet soit important il ne faut pas en douter, mais que celui-ci soit, par son caractère obsessionnel, un, moyen pour peindre et vérifier la peinture, voilà qui doit être répété, inlassablement, pour qu'on finisse par oublier, momentanément, cette question du sujet ! Car la critique, à force de se focaliser sur le chromo, comme sur le psychopathe, oubli (ombre de Duchamp oblige) que le sujet n'est pas tout et que la peinture s'occupe également de la rétine (même si le grand Marcel a voulu lui faire la peau). S'occupe-t-on tant des natures mortes de Picasso et Braque entre 1909 et 1913? Avons-nous oublié qu'une partie de la peinture du vingtième siècle est sans sujet: les Drippings de Pollock pour n'en citer qu'un? Evidemment, dans les moments de remise en cause de la peinture et dans l'annonce permanente de sa prétendue mort, il est facile, aisé, de la justifier par le sujet, la distance, l'ironie, la citation, la ré-appropriation... que sais-je encore? Donc Como peint jusqu'à l'obsession, le même, inlassable et répétitif sujet. Cette obsession à recommencer, à refaire ce qui a déjà été fait, devrait nous mettre la puce à l'oreille. Le sujet est bien sûr moteur, mais quand on le répète, une dizaine de fois, c'est que la chose est ailleurs, qu'elle se déplace. Les peintres avides de profondeur critique ne feront, eux, qu'effleurer et passeront à autre chose, à d'autres thèmes, à d'autres images. La répétition permet d'oublier l'image et de passer à la peinture. Claude COMO a trouvé, un jour, les quarante huit cartes photographiques du test de Szondi représentant des psychopathes. Elle décide de les reproduire en peinture, en enlevant tout élément, les vêtements par exemple, qui permettrait de situer temporellement ou socialement ces figures (cette inquiétude montre avec évidence que le souci de Claude n'est pas le sujet). Elle peindra une première suite aux formats disparates. Insatisfaite, elle commencera une deuxième aux formats unifiés, puis une troisième, une quatrième, une cinquième..., s'obligeant à chaque fois, dans le même format, à peindre tous ses sujets, sans exception. Aucune suite ne peut être commencée si la précédente n'est pas totalement achevée. Quand une suite est achevée, elle en recommence une autre, immédiatement. Sisyphe n'a qu'à bien se tenir. Poursuivant, sans répit, une maîtrise de l'acte, s'améliorant à chaque série, elle prend en même temps conscience du chemin qu'il lui reste à parcourir; de nouveaux obstacles, picturaux s'entend, apparaissent. La résolution de ces problèmes donnera lieu à une autre suite. Par les formats qui s'agrandissent, par la technique, de plus en plus minutieuse, le temps d'exécution se dilate, Sisyphe rejoint ici Pénélope. Si le procédé peut rappeler Opalka, la reproduction de la reproduction (la peinture cherchant à la fois à singer la photographie et en même temps à s'en distinguer) et la reconduction de la peinture, éternellement, nous rappelle que ce qui est ici en jeu est le sujet de toute peinture se confrontant à la série ou à la suite, Pour reprendre le mot de Claude : L’inachèvement perpétuel.

Éric SUCHERE (Extrait d'un texte pour une exposition de Claude COMO et Gilles TRAQUINI à la galerie Barbier-Beltz, Paris, 1995).
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